Descriptions Physiologiques et Pathologiques de la Fillette Momifiée Exposée au Musée Calvet "Fastueuse Egypte" en Avignon - France

Récemment, je vous ai longuement présenté l'exposition "Fastueuse Egypte" au musée Calvet en Avignon ouverte au public jusqu'au 14 novembre 2011.
Afin de vous inciter à visiter cette exposition, aujourd'hui, je me permets de vous présenter les détails des recherches scientifiques demandés par le musée Calvet auprès du musée de l'Homme à Paris.
Le texte vient du magnifique Guide "Fastueuse Egypte" que vous pourrez acheter au musée et sur lequel porte mon insistance sur le très grand intérêt de chaque article présentant la majorité des pièces exposées.
C'est aussi, portée par l'intérêt que j'apporte aux services rendus à l'Histoire et à la Science via la nouvelle technologie comme le scanner que me vint l'envie de vous présenter cette momie rarissime qui m'émeut énormément.
Alors, si vous vous trouvez non loin d'Avignon, surtout visitez ce musée.

Musée Calvet
65, rue Joseph Vernet
84000 Avignon

La momie infantile de l’exposition « Fastueuse Egypte »
Musée Calvet en Avignon – France



Détails :
Provenance inconnue
Fin de la période ptolémaïque, début de la domination romaine – 1er siècle ap JC
Taille : 87cm
Ancienne collection Sallier – achat en 1833

Description :
Après examen radiologique, les toiles funéraires enveloppaient le corps momifié d’une fillette anonyme d’environ deux ans et demi, probablement décédée des suites d’une traumatisme de la zone occipitale du crâne. Les embaumeurs traitant sa dépouille ont extrait en totalité les viscères, y compris le cœur, habituellement replacé en haut du thorax ; l’extraction du cerveau n’a pas été opérée par la voie nasale. Après dessiccation des chairs, un linceul de lin de fort tissage, imprégné de résine, a recouvert la hauteur du cadavre, maintenu par deux paires de bandes croisées sur la poitrine et par une « ceinture » à la taille. On constate l’attitude caractéristique donnée aux corps féminins dans les ateliers du début du 1er siècle de notre ère, les bras étant allongés au « garde-à-vous » et emmaillotés séparément, chacun dans une longueur d’étoffe moulante, ajustée aux épaules. L’enroulement de bandelettes étroites, adaptées à chaque doigt des mains, est assujetti au moyen d’une autre pièce, posée jointive, et formant manchette au tiers inférieur des avant-bras. Aux pieds, chaque orteil est bandeletté comme les doigts des mains, mais laissé apparent, semblant sortir des répliques de sandales d’étoffe entourant le contour des extrémités inférieures. La tête a fait l’objet d’un soin particulier. Des tampons de tissu placés sous les paupières comblent la rétraction des globes oculaires dans les cavités orbitaires. Un masque de toile encollée recouvre des bourrages moulés pour reproduire la chevelure cernée d’un bandeau à la partie frontale ainsi que le nez et la bouche, définissant une face poupine, disproportionnée, aux cheveux, sourcils et yeux peints en noir, les lèvres teintées de rouge. Un linceul unique paraît avoir enveloppé le corps, seules quelques étoffes repliées ayant été introduites au-dessous, à la hauteur du bassin. Détail marquant, devant celui-ci est rapportée une pièce de lin triangulaire, pointe en bas évoquant la retombée de l’attache d’un pagne. Un semblant d’apparat funéraire a aussi été ajouté au moyen de larges bandes de lin stuqué en lieu de bracelets de biceps et de poignets, peints, entre des bordures noires, d’un listel à carreaux bleu nui, rouge et turquoise. Sur le thorax, quatre plaquettes du même matériau portaient les figures peintes des quatre protecteurs des canopes, rappelant les viscères internes. Une seule subsiste entière à gauche, face à un fragment de son vis-à-vis de droite. A l’origine, une large pièce de toile de lin écru retenue par des liens torsadés dissimulait le corps ainsi orné. On plaçait en effet sur les momies des temps romains, conservées dans leur contexte originel et démunies de cartonnage décoré, un tel type d’enveloppe externe.
Peu d’inhumations d’enfants de sexe féminin figurent dans les comptes rendus de fouilles de nécropoles indigènes d’époque romaine de la Vallée, mais aucune n’a connu le soin apporté à celle de la fillette du musée Calvet.

Etude anthropologique de cette momie de fillette

Introduction :

Depuis une trentaine d’années, les anthropologues qui étudient les momies ont démontré qu’il était possible d’apporter des informations dans deux domaines.
Le premier domaine est celui du monde des morts, et notamment les pratiques funéraires lors du processus de momification.
Le second domaine est celui du monde des vivants. Les données issues de l’étude sur les momies peuvent en effet renseigner sur la biologie des populations, qu’il s’agisse de leur morphologie, de leurs paléopathologies, voire de certaines de leurs habitudes ou coutumes.
Grâce à l’évolution des techniques d’acquisition de l’image médicale (scanner ou CT scan) associées aux performances informatiques actuelles tant matérielles que logicielles, il est désormais possible d’effectuer une analyse anthropologique exhaustive dans les deux domaines cités précédemment tout en préservant l’intégrité du corps de la momie.

Matériel et méthodes :

L’étude anthropologique porte sur la momie du musée Calvet inventoriée sous le numéro A 84. Il s’agit d’une momie égyptienne d’époque romaine.
Cette momie a fait l’objet d’une phase de restauration au sein du laboratoire du musée de l’Homme à Paris, ainsi que d’une acquisition scanner pour permettre l’analyse anthropologique.
Dans le cadre de notre étude, 725 coupes scanner ont été effectuées tous les 1,25mm pour l’ensemble du corps.

L’analyse des différentes coupes tomodensitométriques scanner (axiales, frontales et sagittales) associées aux reconstructions 3D volumiques nous a permis de déterminer le sexe, l’âge et les pathologies du sujet ainsi que les différents traitements funéraires entrant dans le processus de momification (logiciel utilisé pour le pos-traitement des acquisitions tomodensitométriques : Osirix).

Analyse et discussion :

A. Détermination du sexe
L’analyse scopique externe ainsi que l’examen des organes génitaux sur les coupes corps entier dans un plan frontal et sagittal nous ont permis de confirmer le sexe féminin de la momie.

B. Détermination de l’âge
La présence au niveau des coupes scanner des maxillaires d’une dentition lactéale, la taille de la momie ainsi que le calcul du périmètre crânien sont autant d’éléments susceptibles d’aider à la détermination de l’âge.

1. Taille et périmètre crânien
La taille de la momie selon un plan médio-sagittal nous donne une valeur d’environ 83cm, le calcul du périmètre crânien une valeur de 50,23cm. Comparé à des tableaux d’enfants actuels, l’ensemble de ces deux valeurs nous indique un âge compris entre 2 et 3 ans.

2. Dentition
L’indicateur le plus pertinent et le plus fiable dans la détermination de l’âge chez l’enfant est l’étude de la chronologie d’éruption des dents lactéales et définitives en comparaison avec des tables de référence (par exemple les tables d’Ubelaker).
L’étude de la dentition de la momie A 84 nous permet de définir un âge en corrélation avec la taille et le périmètre crânien de 2 ans (+ou- 6 mois).

3. Paléopathologies
Pour ce qui est des pathologies, nous mettons en évidence une fracture du fémur, mais vraisemblablement due à une manipulation post mortem.
Nous constations également un important traumatisme crânien au niveau des os pariétaux avec perte de substance. Ce traumatisme crânien peut être une cause du décès de l’enfant.
L’absence d’une partie de la voûte crânienne est d’origine post mortem (présence de revêtement cutané sur la périphérie de la perte de substance).

4. Traitements funéraires
L’examen global de la momie met en évidence un traitement funéraire de qualité.
Au niveau de l’extrémité céphalique, une excérébration par voie rhino-septale a été effectuée (voie narinaire puis ethmoïdale gauche). Le cerveau a été enlevé dans sa globalité, et l’on note l’absence de résidus anatomiques divers.
Un comblement des cavités orbitaires a été effectué pour compenser la rétraction des globes oculaires.

L’éviscération thoraco-abdominale a été effectuée de manière totale. Le cœur, en général laissé in situ, a été enlevé/ L’ensemble des organes du thorax et de l’abdomen a été remplacé par un ensemble compact de tissus et matériaux divers de comblement.
L’examen externe du corps met en évidence de multiples épaisseurs de tissu visant à restituer une morphologie normale pour l’enfant.

Conclusion :

L’étude anthropologique de la momie Avignon A 84 nous permet d’indiquer qu’il s’agit d’un enfant de sexe féminin, âgé de 2 ans et demi environ, de stature normale pour son âge. L’une des causes de sa mort peut être un traumatisme crânien postérieur. Le traitement funéraire effectué sur le corps s’avère soigneux et de qualité, ce qui semble être atypique pour les momifications d’enfants effectuées à cette même période.


CH. B. – A. R.
©Texte du Guide Fastueuse Egypte – Musée Calvet
© Photos Sylvie Barbaroux
Juin 2011

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