Les violences policières en procès à Alexandrie

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Par Ludovic Gonty
27/07/2010 | Mise à jour : 23:19 
Les deux policiers mis en cause ont été entendus hier au palais de justice d'Alexandrie.
Les deux policiers mis en cause ont été entendus hier au palais de justice d'Alexandrie. Crédits photo : AP

Depuis la mort suspecte d'un jeune homme en juin, la pression populaire n'a jamais faibli. 

Au Caire
Il s'appelait Khaled Saïd, il avait 28 ans. Depuis sa mort début juin dans des conditions controversées, il est devenu le symbole des violences policières pour lesquelles le régime égyptien est régulièrement pointé du doigt. Mardi, à Alexandrie (nord du pays), s'est ouvert le procès des deux policiers mis en cause dans cette affaire.
Tout commence le 6 juin dernier. Khaled Saïd se rend dans un cybercafé d'Alexandrie. Des policiers débarquent. Peu après, le corps sans vie du jeune homme gît dans la rue, à proximité du cybercafé. Que s'est-il passé entre-temps? Les versions divergent.
Selon le ministère de l'Intérieur, Khaled Saïd, voyant les policiers, aurait avalé un sachet de marijuana qu'il avait avec lui. Une première autopsie l'affirme: il serait mort étouffé. Problème, cette version officielle ne convainc pas. Car très vite, sur Internet d'abord, puis sur les télévisions privées et dans la presse indépendante, d'insoutenables photos circulent, qui mettent à mal la thèse de l'asphyxie: on y voit la dépouille de Khaled Saïd, à la morgue, visage tuméfié et chairs ensanglantées.
De plus, fait rare dans des affaires impliquant la police, des témoins démentent dans les médias indépendants et à visage découvert la version du ministère de l'Intérieur. Selon eux, le jeune homme aurait résisté à un contrôle. Les policiers l'auraient alors frappé dans le cybercafé, avant de le traîner dans la rue, où ils l'auraient battu à mort.

«Martyr de l'état d'urgence»


L'opinion est sous le choc. «Nous sommes tous Khaled Saïd», proclame sur Facebook un groupe de soutien qui compte aujourd'hui plus de 200.000 adhérents. Des manifestations, pourtant prohibées en Égypte, sont organisées dans plusieurs grandes villes. Khaled Saïd est surnommé «le martyr de l'état d'urgence». Pour les manifestants, ces lois d'exception, en vigueur depuis 1981 et que le gouvernement a renouvelé fin mai pour deux années supplémentaires, confèrent aux services de sécurité des pouvoirs démesurés qui renforcent leur sentiment d'impunité.
À la pression populaire s'ajoute, le 14 juin, une déclaration officielle des États-Unis, grands pourvoyeurs de subventions pour l'Égypte, qui se disent «préoccupés». Le lendemain, le parquet ordonne une deuxième autopsie. La thèse de l'asphyxie est réaffirmée, au grand dam des défenseurs des droits de l'homme, qui réclament une expertise indépendante.
La pression pour autant ne retombe pas. Le 24 juin, Human Rights Watch publie de nouveaux témoignages dénonçant un tabassage policier. Puis le 28, dans un communiqué qui provoquera la colère des autorités égyptiennes, l'Union européenne en appelle à son tour à «une enquête impartiale».
Plus de trois semaines après les faits, le 30 juin, les deux policiers sont finalement placés en détention. Poursuivis pour arrestation illégale et torture (et non pour homicide, comme le réclament les avocats de la victime), ils encourent de 3 à 15 ans de prison. Les audiences doivent reprendre le 25 septembre, avec l'audition des témoins. Des témoins pour lesquels Amnesty International réclamait avant-mardi une protection et qui dénoncent les menaces dont l'un d'eux aurait fait l'objet.
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