La Fête d'Opet

(exemple de barque, celle-ci vient du temple d'Edfou où l'on vénérait le dieu Horus, le faucon)

La grande Fête d'Opet était une fête nationale où toutes les classes sociales se côtoyaient et se mêlaient pour célébrer le dieu Amon.
Elle se déroulait lors du deuxième mois de l'inondation, durant l'été et durait 24 jours.
Les prêtres portaient la Barque avec à son bord Amon, du temple de Karnark à celui de Louxor, d'un pas lent et noble.
La foule humaine se pressait sur le parvis du temple de Karnak pour apercevoir le dieu, tandis que des marchands proposaient aux passants des figues de barbarie, des dattes, de la pastèque, tout ce qui pouvait rafraîchir.
A cette période de l'année, par conséquent, les champs étaient inondés, les paysans ne travaillaient pas. Les eaux du Nil gonflaient le fleuve et favorisaient la navigation. C'était alors la période la plus appropriée pour attirer le peuple. Démagogie antique?
A Karnak, la foule amassée devant le temple gardait un silence religieux, lorsque, soudain, l'énorme porte du temple s'ouvrait.
A la tête du cortège, Pharaon en habit de cérémonie, plein de fierté, marchait, la barque divine d'Amon le suivant. Le dieu caché dans une petite chapelle posée dans la barque, n'était pas visible du peuple. L'effervescence des gens était alors à son comble. En réalité, il y avait trois barques. Celle du dieu Amon caractérisée par deux têtes de bélier à la proue et à la poupe. Celle de son épouse Mout ornée de deux têtes de femme coiffées d'une dépouille de vautour. Et enfin, celle de leur fils Khonsou décorée de deux têtes de faucon. Elles étaient toutes trois déposées dans la grande barque sacrée portée par les prêtres et appelée "Ouserhet", Puissance de Proue.
Les prêtres-porteurs, les épaules chargées des barques sacrées, sortaient du temple et commençaient leur marche en passant par l'allée des sphinx à tête de bélier. Devant eux, un musicien tapait sur son tambourin tandis que des prêtres faisaient brûler de la résine de térébinthe dans un encensoir et jetaient du sable devant eux.
Le long du quai, les vraies barques d'Amon, Mout et Khonsou étaient prêtes à baigner dans les eaux nouvelles du fleuve. Elles mesuraient environ 60m et étaient couvertes de décoration aux couleurs vives, bleu, rouge, jaune, or... Les lourdes embarcations ne pouvaient bouger, alors, des haleurs encouragés par la populasse tiraient ces vaisseaux sur le canal conduisant au Nil.
Pharaon et son épouse prenaient place sur le pont de leur barque tandis que des soldats marchaient sur la berge au son des crotales (petites castagnettes), des sistres et des trompettes. Une fois sur le Nil, les navires divins étaient remorqués par des bateaux à rames et à voile. Tout autour, des embarcations de différentes tailles accompagnaient l'imposant cortège, suivi par des Egyptiens en liesse sur les deux rives.
La procession durait plusieurs heures avant que la flotille n'accoste le long du quai du temple de Louxor là, où la foule était aussi très nombreuse.
Les dieux se retrouvaient devant l'entrée latérale du temple où notables, hauts dignitaires, dans une ambiance dansante et musicale accueillaient le cortège royal. Les prêtres portaient le Ouserhet dans l'enceinte du temple de Louxor en longeant dans un premier lieu une série de chapelles aux autels garnis d'offrances. Puis, se retrouvaient devant une seconde porte dans la grande cour de Ramsès II.
De là, la procession traversait la salle de la grande colonnade pour aller dans la cour d'Aménotep III, au fond de laquelle les porteurs déposaient les barques de Mout et Khonsou. Celle d'Amon était acheminée dans une petite chapelle attenante.
La cérémonie se terminait dans la salle de la Naissance Divine - le mammisi - où la reine-mère épousait symboliquement le dieu Amon pour redonner naissance à son fils, le pharaon, et le consolider dans ses pouvoirs spirituels et terrestres.
Le temple d'Amon était bâti en plein coeur de la ville de Thèbes sous les 18ème et 19ème dynasties par Aménotep III et Ramsès II.
A l'origine, une chaussée bordée d'une double enfilade de sphinx reliait les temples de Karnak et Louxor.
L'entrée principale se situait au niveau du pylône, édifice monumental semblable à une forteresse gardé par des statues de Pharaon et par deux obélisques, symboles solaires pesant 250 tonnes chacun et mesurant 27 m de hauteur.
Aménotep III avait fait construire la majeure partie du temple, alors que Ramsès II se contenta d'y adjoindre sa cour et le colossal pylône. Les édifices d'Amenotep III sont très harmonieux aujourd'hui encore, avec les colonnes papyformes, tandis que la cour de Ramsès II manque incontestablement de raffinement.
La Fête d'Opet correspondait certainement à la volonté d'Amenotep III d'asseoir définitivement son pouvoir divin, car ce pharaon était marié à une femme non royale, Moutemouïa, mais issue de deux dignitaires de la cour. Elle était la fille du roi de Mitanni, empire étendu au sud du Taurus jusqu'en Syrie.
Aussi en s'unissant symboliquement à Amon, la mère d'Amenotep III démontrait que son fils n'était pas un enfant de père humain (en réalité, de Thoutmosis IV) mais d'un père divin, Amon-Rê, qui aurait fécondé Moutemouïa.
Personne ne sait quand la Fête d'Opet cessa d'être célébrée. Une chose est sûre, c'est que l'inauguration de cette fête se faisait encore sous le règne de la reine Hatshepsout (vers 1479-1458 avant JC) et fut maintenue jusqu'à la 25ème dynastie sous le règne de Tiy, vers 747-716 avant JC.
A Karnak, sur un mur, des bas-reliefs narrent la procession des barques de Karnak à Louxor, avec les musiciens et danseurs.

De nos jours, la Fête d'Opet s'appelle la fête musulmane d'Abou Haggag. Célébrée tous les ans, les festivités sont en l'honneur de ce saint homme local. Un cortège de petits bateaux est promené autour de l'enceinte du temple de Louxor.
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